Si on payait les coûts environnementaux de la production alimentaire, les aliments seraient beaucoup plus chers

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Alors que les discussions se poursuivent à Paris, à la Conférence internationale sur le Climat, sous l’égide des Nations Unies, Lionel Levac propose aux gens du monde agroalimentaire de réfléchir sur la base d’un texte publié dans L’Actualité Alimentaire.

Le magazine L’Actualité Alimentaire consacre quelques pages à l’interrogation suivante… Le prix des aliments inclut-il tous les coûts impliqués dans leur production?

La réponse est non……

Voici dont l’un des textes tirés de L’Actualité Alimentaire et dans lequel l’ancien commissaire à l’environnement du Québec, Harvey Mead, affirme que la planète fonce dans le mûr.

 

TEXTE TIRÉ de L’ACTUALITÉ ALIMENTAIRE,

Foncer sur le mur… le point de non-retour est dépassé!

Et la conférence de Paris ne donnera probablement rien!

Par Lionel Levac

Harvey Mead, ex-Commissaire à l’Environnement du Québec et blogueur sur les enjeux du développement croit que le système économique, tel que nous le connaissons, s’effondrera dans 10 ans, au moment où la planète et l’ensemble de ses écosystèmes seront hautement bouleversés et même détruits d’avoir été perturbés et surexploités. Bien sûr, l’alimentation des humains, déjà déséquilibrée et inéquitable deviendra chaotique et forcera le retour à des aliments simples, de base.

Le scénario qu’anticipe Harvey Mead n’a rien de réjouissant. L’Actualité Alimentaire lui a demandé d’élaborer sur le sujet, sous l’angle de la production alimentaire.

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Actualité Alimentaire — Que pensez-vous de l’idée selon laquelle lorsque nous achetons des aliments nous hypothéquons toujours davantage la capacité d’en produire?

Harvey Mead — Tout à fait vrai. Le prix que nous payons nos aliments ne couvre jamais tout.

De la façon que nous mangeons, aux volumes d’aliments que nous consommons, comme occidentaux, de la façon que nous produisons ces aliments… et si on pense que l’ensemble des habitants de la planète devraient manger et agir comme nous … c’est au moins trois planètes terre qu’il nous faudrait pour répondre aux besoins. Nous voyons de plus en plus l’agriculture vivrière tourner aux méthodes industrielles et c’est là un développement qui ne peut être durable. La production sur une base industrielle abaissant constamment les coûts pour soit disant trouver place sur des marchés mondiaux très concurrentiels ne peut être durable, c’est impossible.

Les analyses économiques sont faussées parce qu’elles ne prennent jamais en compte les dégradations diverses aux ressources mêmes qui devraient assurer notre alimentation à perpétuité. Non, nous ne payons pas le prix réels de nos aliments.

AA — Donc nous mangeons au dépend des écosystèmes?

HM — Au dépend de l’écosystème planétaire. Nous mangeons dans l’illusion. Nous voyons les grandes prairies autant américaines que canadiennes comme des zones productives et d’une couleur verte rassurante. Ces plaines sont de moins en moins productives, de plus en plus desséchées. Aussi on retrouve partout à travers le monde des zones autrefois riches et généreuses qui sont aujourd’hui tout simplement mortes. L’embouchure du Mississipi donnant sur le Golfe du Mexique est l’une de ces zones. Ici, le Golfe St-Laurent agonise, étouffé par les méthodes culturales, les élevages de la vallée du St-Laurent et les polluants charriés depuis les Grands Lacs. Mais il n’y a vraiment pas de calcul de ce qu’il faudrait ajouter à notre coût alimentaire. Un tel calcul n’existe pas.

AA — Et selon vous il faudrait absolument faire de tels calculs?

HM — Absolument… nous fonçons vers un mur. L’effondrement nous guette. Et ce n’est pas être alarmiste que de dire ça… c’est la simple réalité. Je parlais de zones mortes… Il fut un temps où on allait toujours plus loin pour produire, pour cultiver, pour é lever … devant la dégradation des territoires que l’on avait exploités. Nous arrivons au bout des terres où il est encore possible de produire des aliments. Ce n’est pas pour rien qu’il y a cette ruée vers les terres, qu’il y a cet accaparement du sol encore productif, à travers le monde.

AA — Et cela n’améliore pas la situation de déséquilibre entre pays riches et pays pauvres, entre gens qui mangent à leur faim et ceux qui n’ont presque rien?

HM — Au contraire, on accentue ce déséquilibre. Les aliments vont à ceux qui peuvent payer, même s’ils ne paient pas le prix réel de ces aliments. Les pays riches vivent d’une dégradation de la planète qui dépasse carrément la capacité de celle-ci. Encore une fois, il n’y a pas de développement durable agricole possible à l’échelle industrielle.

AA — Mais, que faire?

HM — Il faut ralentir le rythme. Nous parlons d’aliments mais il faut aussi parler de bio-produits et de bio-carbutants. Nous consommons trop d’énergie, beaucoup trop. Les ressources, végétales particulièrement et l’utilisation du sol doivent aller à la production alimentaire. Il faut régénérer les sols et les écosystèmes. Le Club de Rome, il y a déjà quelques décennies, le disait : Halte à la croissance. Le système est en train de s’autodétruire. Les politiciens ont toujours repoussé vers l’avant, remis à plus tard ce qui aurait dû être fait depuis longtemps. Et les populations, surtout occidentales, ne semblent pas très conscientes de ce qui se passe et continuent d’exiger toujours plus de sophistication dans l’offre alimentaire en même temps que des prix bas. C’est à se demander s’il n’est pas tout simplement trop tard.

AA — La catastrophe, comme vous la voyez c’est l’échec du développement? C’est aussi l’échec des environnementalistes?

HM — Oui, c’est une façon de voir les choses. Trop d’environnementalistes ont oublié que leur bataille ne peut être éternelle. A défaut d’avoir pu amener des changements importants et un rythme de vie planétaire plus simple, l’effondrement va venir et ce n’est pas quelques mesures de maquillage à la Conférence de Paris, en décembre, qui vont y changer quoi que ce soit. Dès 1987, la Commission Brundtland disait qu’il fallait mettre en place le concept clé, seul capable de changer la situation et d’éviter l’épuisement planétaire. Madame Gro Harlem Brundtland, Président de cette Commission Mondiale sur l’environnement et le développement fut la première à parler de Développement Durable. Son rapport parlait alors de contraction et convergence, c’est-à-dire réduction de la consommation des pays riches, autant celle des aliments que de l’énergie et convergence vers plus d’égalité et d’équité au plan mondial.

AA — Alors, c’est l’impasse… On se prépare comment à l’effondrement?

HM — Je dirais, à peine à la blague, que l’on se prépare à manger des pommes de terre et des choux de Siam, nos bon vieux navets. La question est bonne…. Il faut accepter que bientôt on devra être plus autonome, moins dépendre de l’énergie et encore moins de l’automobile. Il est désolant de voir qu’aucun groupe professionnel ne peut être consulté à ce sujet. Par exemple, il n’y a pas un économiste qui conçoit la suite des choses sur notre planète sans qu’il y ait développement. La Chine, cet immense territoire, ne satisfait qu’aux deux tiers de ses besoins alimentaires. Dans 15 ans, la Chine va devoir importer deux fois ce que le commerce alimentaire mondial actuel transige. C’est tout simplement hallucinant. Par chance, si l’on peut dire, la Chine a limité sa croissance démographique avec sa politique de l’enfant unique, sinon ce serait pire et plus rapide encore. Un mot sur l’Inde. La crise alimentaire peut y éclater rapidement, 20 millions d’habitants par année s’ajoutant à la population. Globalement, l’approche la plus logique est probablement d’adopter le mode de vie dit de simplicité volontaire.

 

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